John Difool
 



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L’éveil, jour quatre

Parce que même cette planète se meurt sous les assauts furieux d’une prétendue croissance économique…

On était samedi, et comme chaque matin, le programme d'information de la radio intérieur se lançait automatiquement à huit heure, comme dans tous les foyers… Sharon entre la vie et la mort… Bernard Planche, otage en Irak serait prochainement libéré… Sport, une voiture écrase une nouvelle fois un enfant sur rallye d'Afrique… Cette semaine, la commandante Ramona est morte. Les hommes libres…

La Commandante Ramona ? Le flux d'information par mots clés que je recevais dans mon demi sommeil brisa mes quelques minutes de répit. Ramona ? Les hommes libres ?

Normalement, le samedi, je n'allais au centre de recherche que l'après midi. Comme chaque semaine, j'occupais ma matinée aux activités de ménage et de rangement, ou plus sûrement à prolonger ma nuit qui avait commencé quelques heures plus tôt.

Mais comme je n'avais pas renouvelé ma connexion à l'infosphère à mon domicile, je me levai, me douchai et partis dans l'intention de faire quelques recherches. J'avais bien des copies urgentes à corriger, mais je n'y pensai même pas. Je ne comprenais pas ce qui s'était produit dans le programme d'information.

C'était la deuxième fois que j'entendais parler des hommes libres. Jusqu'à ce matin, j'avais presque oublié la première fois que les hommes libres avaient interrompu le programme d'information. Ca faisait presque un an déjà que les hommes libres avaient déclaré la guerre au monde d’aujourd’hui.

Dans ma précipitation, j'avais oublié de prendre ma clé magnétique qui me permettait de pénétrer dans le centre. Je devais attendre qu'une autre personne entre ou sorte, en espérant que le vigile me reconnaisse et me laisse passer. Je m'étais souvent demandé quelles menaces pouvaient exiger la présente d'un vigile dans ce lieu ?

Je finis par trouver de l'aide auprès d'un collègue et à gagner mon bureau. Je me connectai et me rendis sur les pages officielles de la radio française intérieure. Je parcourus tout le site sans rien trouver sur la Commandante Ramona ni sur des hommes libres. Que s'était-il donc passé durant le programme d'information ? Peut être que j'avais rêvé ? Depuis que j'avais soutenu mes travaux, mes rêves étaient devenus curieux, mes nuits avaient recommencé à vivre. Mais la radio intérieure ne donnait aucune information sur la Commandante. Rien sur les hommes libres.

Après quelques requêtes rapides, je tombai sur un texte programmatique envoyé au monde. Cet appel expliquait que la quatrième guerre mondiale avait commencée :

"Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires. La fin de la troisième guerre mondiale, ou guerre froide, ne signifie nullement que le monde ait surmonté la bipolarité et retrouvé la stabilité sous l’hégémonie du vainqueur."

Pourtant, je ne trouvai rien sur les hommes libres.

"Les hommes libres qui se lèvent. Les hommes libres qui déclarent la guerre au monde d’aujourd’hui".

John Difool.
9.1.06 10:49


L’éveil, jour trois

Parce que nous sommes aujourd’hui tous citoyens d’une même planète…

Je m'étais mis à travailler beaucoup. J'avais eu à présenter un de mes travaux de recherche et je devais en présenter un autre trois mois plus tard. J'avais eu à retraiter les données que j'avais récupérées de-ci de-là, comme j'avais pu, selon les opportunités qui s’étaient offertes. J'avais combiné ces informations à d’autres, récupérées une à une sur l’infosphère. Ce traitement m'avait pris beaucoup de temps. J'avais ma thèse à terminer avant l’été.

Mon travaille agissait sur moi en permanence à cette époque là. Je n’arrivais plus à m’en détacher pour vivre d’autres moments. Même quand je ne travaillais pas, je se sentait coupable de ces instants passés à autre chose. Et après, j'avais d’autant plus de mal à me replonger devant mon écran, culpabilisant de ne pas avoir su profité des instants que j'aurais pus partager avec d’autres.

Pendant cette période, j'avais également déménagé pour prendre un appartement central avec mon amie. J'étais heureux de ce déménagement, du lieu où j'allais vivre et de pouvoir vivre avec ma copine. Pourtant je n’arrivais pas à prendre de temps pour elle et pour aménager le lieu tel que nous l’avions rêvé l’un et l’autre. A chaque fois, je me disais que je devais finir et que plus le temps passait, plus ce serait difficile.

Puis je me remis à travailler, à partir tôt le matin et à rentrer tard. Mes moments de pauses, je les passais avec mes collègues de travail en allant boire un verre après le travail, essayant un peu de me vider la tête pour rentrer plus disponible. Mais j'étais pris et je n'y arrivais pas. Mon couple s’effondrait. Je n’arrivais pas à séparer maison et travail. Le soir, il m'arrivait de me remettre à travailler chez moi. Et quand je ne m'y remettait pas, je pensais quand même à mon travail. Les jours passaient et je devenais moins attentif, plus renfermé, passant à côté de moments essentiels sans arriver à les saisir. A d’autres moments, il me semblait que je n’y arriverais pas, que plus j'avançais, plus il restait des points à explorer dans ma recherche.

Puis, j'avais présenté la dernière partie de mon travail en séminaire. Ca c’était bien passé et les retours que j'en avait eus étaient plutôt très satisfaisants. Pourtant, le soir où j'avais fêté ma présentation, ma copine n'était pas venue et quinze jour après, on se séparait.

Durant cette période, je m'étais enfermé dans des habitudes rassurantes. Chaque matin, j'écoutais le programme d'informations. L'actualité glissait sur moi.

J'avais néanmoins retenu un évènement qui m'avait quelque peu pousser à m'interroger. Je m'étais demandé ce que je devais voter au référendum sur la constitution européenne ? Oui ? Non ? J'avais essayé d'écouter des discours de chaque camp. J'avais lu des passages. J'avais discuté avec mes amis, mes collègues. J'avais échangé des messages sur l'infosphère. Certains me disaient que voter non faisait le jeu de l'extrême. Que voter non c'était contre l'Europe et que l'Europe ben c'était chouette, que c'était contre la guerre. Moi je n'étais pas totalement satisfait par ce que j'avais lu. Je n'avais d'ailleurs pas compris certains passages du texte. Et puis je ne voyais pas en quoi l'Europe c'était moins de guerres. Que les guerres elles n'étaient juste plus chez nous, mais que des soldats continuaient de mourir de trouille, au minimum, et pour le reste de leur vie. Que des gens vivaient et mourraient dans la guerre. Je me disais bien que l'Europe c'était chouette, et pourtant ce projet ne m'enthousiasmais pas, que l'Europe que j'imaginais était une Europe des européens, mais pas une Europe de pays qui cherchaient à défendre leurs intérêts contre ceux des autres pays, des intérêts d'européens contre d'autres européens. A l'inverse je n'étais pas non plus convaincu par les défenseurs du non. Je trouvais que les arguments de part et d'autre jouaient sur les peurs. Je les trouvais culpabilisants. J'avais du mal à supporter le programme d'informations.

Je ne voyais pas bien en quoi voter oui ou non répondait à mes préoccupations. Je ne voyais pas en quoi la protection de la planète était prise en compte et la lutte contre les changements climatiques proposée. Je ne voyais pas bien en quoi le partage des richesses était amélioré ni comment la suppression des armes était intégrée. Je ne voyais pas bien en quoi ça répondait aux problèmes des êtres humains sur une même planète. Je voyais juste que tout ça m'agressait et que j'étouffais un peu. Je ne voyais tout simplement pas bien.

Mais demain, j'irais à mon centre de recherche.

"Les hommes libres qui se lèvent. Les hommes libres qui déclarent la guerre au monde d’aujourd’hui".

John Difool.
5.1.06 01:30


L’éveil, jour deux

Parce qu’il n’est plus acceptable que chaque jour, l’humanité travaille pour le profit d’une poignée…

Ce matin je m’étais réveillé tôt. La veille, j'avais cherché une piste au sujet du djihad lancé par les hommes libres, un signe qui me mettrait sur cette piste, mais je n’avais rien trouvé.

J'avais mal dormi, d’un sommeil troublé par de multiples questions qui s’entrechoquaient, de questions aux vidages fantomatiques, d’yeux, de bouches, de silhouettes, qui surgissent puis disparaissent. Je sentais sa vie sur un fil. Elle pouvait basculer d’un côté ou de l’autre. Mais je sentais que ce basculement n’impliquait pas que moi, et pourtant il n’y avait que moi qui changeait.

Dans mes rêves, je reprenais en main mon avenir. Je tombais dans une rivière de sons et d’images de guerre. La voix aseptisée d’un discours prononcé par un speaker d’Etat me ramenait dans le courant. Je me débattais pour regagner la berge, mais le courant était trop fort et me ramenait au centre. Je m’essoufflais de gestes inutilement futiles. A un moment, dans un effort désespéré, je parviens à m’écarter et agrippai une racine. Ou bien était-ce une main tendue ? Je n’aurais su le dire. Mais je réussis à se hisser sur la rive.

J'étais dans un train. De ces trains de nuit qui s’arrêtent dans toutes les gares. Une certaine tiédeur m’animait. J'éprouvais une impression de liberté. Je ressentais un plaisir nouveau à respirer le vent qui fouettait mon visage brûlant, la tête penchée par la fenêtre entrebâillée. Des odeurs de terre humide arrivaient à moi. Je percevais des plaisirs de la solitude devant ce monde qui m’entoure.

Je m’étais installé dans ma couchette réduite et j'observais la nuit de cette soirée qui contrastait si peu avec le jour à présent disparu. Je regardai autour de moi et aperçu une jeune fille. Elle était jolie. Elle ressemblait à une fille avec qui j'avais parlé la veille au centre de recherche. Elle me sourit. J'eue soudain envie de parler. Peut être avais-je besoin de me confier ? Peut être avais-je besoin de parler, simplement, pour rien, parler ? Parler me ferait du bien. Je lui proposai une cigarette. Je cherchai même à la séduire, là dans ce moment de hasard, sur ce trajet.

Bientôt je m’endormis, les rêves succédant aux paroles. Lorsque je fus réveillé par des voyageurs entrés ou descendus du train, je vis la jeune fille de la veille. Elle me sourit à nouveau. Je me rendis compte que j'avais dormi. Nous parlâmes encore.

Elle descendait au même arrêt que moi.

J'étais assis devant son petit déjeuné. J'étais fatigué. Je mis la radio : Radio Française Extérieure. La veille, la jeune fille avec qui j'avais discuté à mon centre de recherche m'avait suggéré d’écouter cette radio lorsque je lui avait exposé mon malaise à l’écoute de la Radio Intérieure. Pour la première fois depuis longtemps, j'écoutais une autre radio. J'avais du mal à me passer du programme d’informations. J'avais écouté cette station à une époque lorsqu’une ancienne petite amie y avait fait un stage. C’était à l’époque où cette radio avait été devenue indépendante de la Radio Française Intérieure.

Je tombai sur un reportage sur la libération conditionnelle d’une riche américaine. Je ne savais pas ce qu’elle avait fait. Je savais juste que j'étais contre les prisons parce que pour moi, la prison ne présentait pas de solution, ou la pire et la plus inhumaine qui soit dans une démocratie. Un spécialiste commentait cette libération en expliquant que la rédemption était au cœur des croyances des Etats-Unis. Je m’énervai. Je m’énervai comme à chaque fois que j'écoutais le programme d’informations. Je ne gardais pourtant jamais ces programmes à la télévision parce que je savais que les images réduisaient le sens et supprimaient le débat. L’information y ressemblait trop à une publicité. Mais il me semblait qu’aujourd’hui il en était de même à la radio avec ses bataillons de spécialistes sortis de nulle part qui expliquaient de leur voix docte ce qu’il fallait penser. Mais ils n’expliquaient rien et je ressentais une frustration : j'avais l’impression de ne rien apprendre. Moi je pensais juste aux prisonniers américains pauvres qui n’avaient pas le pouvoir de se défendre et d’être libérés rapidement. Je pensais à ceux qui étaient mineurs, aux prisonniers de toute guerre économique, ou aux prisonniers jugés différents et mis à l’écart.

L’accès à la rédemption ?

"Les hommes libres qui se lèvent. Les hommes libres qui déclarent la guerre au monde d’aujourd’hui".

John Difool.

4.1.06 23:35


L’éveil, jour un

Parce qu’il n’est plus supportable que quelques hommes, pour du pétrole, pour des idées, pour du pouvoir, en envoient des millions d’autres à la mort…

… Neige sur tout le pays… la voie ultrarapide pour automobiles fermée : un camion transportant des fûts de produits chimiques qui s’est renversé vers 6 heure 30 entraînant la mise en place de mesures de sécurité draconiennes… La prise de fonction du nouveau ministre de l’économie c’était bien déroulée… L’équipe de Lille avait perdu en football…

Comme tous les matins depuis toujours, je me réveillais avec le programme d’information de la radio nationale, Radio Française Intérieure.

… les décollages d’avions sont suspendus jusqu’à 10 heures… Intempéries sur tout le territoire… Un leader du Parti Social Démocrate annonce faire campagne contre les accords régionaux européens… Le froid…

Comme chaque matin, je profitais de ces quelques instants pour prolonger ma béatitude larvée dans la chaleur de mes draps, écoutant d’une oreille ensommeillée les informations se dérouler, sans vraiment y prêter d’attention. Aujourd’hui je n’avais pas de cours à donner, je pouvais étirer encore de quelques minutes l’instant du déclanchement de la suractivité. Aujourd’hui j'allais à mon centre de recherche travailler sur un modèle théorique d’organisation de la firme. Quel contrat proposé par les actionnaires aux dirigeants pour que ces derniers fournissent un effort maximum. C’était bien futile.

Il faisait froid dans mon appartement, et je ne souhaitais pas se lever. J'aurais voulu dormir encore des heures. Je ne prête guerre d’attention au programme d’information. Je ne fais que l’intérioriser, comme chaque matin. Les informations me reviendront en mémoire au cours de la journée, avec les conversations avec mes collègues de travail… Le Tokyo Stock Exchange… Ceci est un message des hommes libres… morts… Nous déclarons la guerre à tous les gouvernements, à tous les drapeaux et toutes les entreprises… Gandhi… L’organisation actuelle du monde n’est pas une fatalité, c’est un cancer… Des alternatives… Nous appelons tous les hommes libres de tous les continents à rejoindre partout les groupes de résistance. Où que vous soyez… Groenland au Cap Horn, par delà les religions, par delà les cultures, par delà les frontières, rejoignez ou organisez la résistance. Nous sommes déjà des milliers, demain, nous serons des millions. Aucun homme n’est notre ennemi. Nous ne tirerons jamais les premiers et nous n’attaquerons que des institutions. Mais nous jurons aujourd’hui de ne cesser le combat que quand plus aucun drapeau ne flottera sur la planète. Vive la liberté ! Vive l’humanité ! Vive la Terre ! Cet appel des hommes libres est lancé par le Colonel Fedmahn Kassad, le Colonel Aureliano Buendia et le Lieutenant Francesco Casabaldi.

Je m’étais complètement réveillé. Des parasites se produisirent dans le programme d’information. La voix qui avait lu le message ne m'était pas familière. Revient brusquement celle du speaker habituel qui poursuivait son interview politique du nouveau Ministre qu’il décrivait comme brillant, comme l’homme des situations extrêmes pour relever le pays comme les terroristes, contre les déficits, contre le chômage. Il avait relevé des défis par le passé à la tête des entreprises de l’Etat…

Je me sentais mal à l’aise. Comme si je me réveillais autrement. Pour la première fois.

- C’était quoi cette information ?

Elle rompait avait l’habituelle litanie des catastrophes entremêlées aux informations sans intérêts. Cette litanie qui m’avait conduit à se foutre un peu de tout ou à m’énerver sur le programme d’information, selon mon humeur du matin, selon ma capacité à contrôler ou lâcher mes émotions. Il faudrait que je vérifie sur l’Infosphère en arrivant au travail, la guerre déclarée par les hommes libres aux Etats. Cela me rappelait un article sur le pouvoir de l’imaginaire. Le changement du monde en vivant l’imaginaire. Sa lecture m’avait mis mal à l’aise puis je l’avais oublié. Je m’étais éteint dans mon inertie.

Le programme d’information annonçait de nouveaux les nouvelles… Notre antenne a été piratée par un groupe terroriste se faisant appeler les hommes libres. Hier dans un entretien sur la chaîne d’information américaine Fox-News, le président Bush a déclaré vouloir lutter contre cette organisation qui s’appelle "les hommes libres". Il a reproclamé son attachement à la liberté de l’Amérique et des américains derrière la constitution et souhaitée par Dieu. Il est revenu sur les liens entre cette organisation et les groupes terroristes et a averti que chaque membre de ces groupes serait pourchassé et exterminé partout sur terre jusqu’au dernier parce qu’ils menaçaient le monde libre.

Depuis déjà quelques temps, je n’étais plus satisfait du contenu du programme d’information. Je trouvais le speaker attendu, centré sur d’inutiles questions de conflits internes aux partis politiques sans importance aux yeux de mes préoccupations de changement climatique, de sauvegarde de la planète, du sens de mon travail et du sens du travail, de recherche d’harmonie… J'avais hurlé en écoutant la narration que je jugeais partisane de la déclaration de Bush. Pourtant, je ne me sentais pas bien de ma passivité prolongée, de mon inertie, de mon manque de courage à m’engager pour le changement. Il y a quelques années, je croyais que je pouvais changer l’ordre établi par mon action. Aujourd’hui je ne me posais plus la question. Je ne prenais pas le temps. Je songeais à son travail, à mon ménage, à mes courses à faire, à l’achat de mon nouveau téléphone, aux sorties du week-end. Je ne pensais plus à changer le monde. Et mes rêves passés de changement avaient été brisés par la confiscation de la parole au sein du parti dans lequel j'avais agit. Je me disais juste que le gouvernement n’était pas bien. Qu’on allait dans un mur. Mais je ne me battais plus.

"Les hommes libres qui se lèvent. Les hommes libres qui déclarent la guerre au monde d’aujourd’hui".

John Difool.

4.1.06 23:17


4.1.06 22:54





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