Parce qu’il n’est plus supportable que quelques hommes, pour du pétrole, pour des idées, pour du pouvoir, en envoient des millions d’autres à la mort…
… Neige sur tout le pays… la voie ultrarapide pour automobiles fermée : un camion transportant des fûts de produits chimiques qui s’est renversé vers 6 heure 30 entraînant la mise en place de mesures de sécurité draconiennes… La prise de fonction du nouveau ministre de l’économie c’était bien déroulée… L’équipe de Lille avait perdu en football…
Comme tous les matins depuis toujours, je me réveillais avec le programme d’information de la radio nationale, Radio Française Intérieure.
… les décollages d’avions sont suspendus jusqu’à 10 heures… Intempéries sur tout le territoire… Un leader du Parti Social Démocrate annonce faire campagne contre les accords régionaux européens… Le froid…
Comme chaque matin, je profitais de ces quelques instants pour prolonger ma béatitude larvée dans la chaleur de mes draps, écoutant d’une oreille ensommeillée les informations se dérouler, sans vraiment y prêter d’attention. Aujourd’hui je n’avais pas de cours à donner, je pouvais étirer encore de quelques minutes l’instant du déclanchement de la suractivité. Aujourd’hui j'allais à mon centre de recherche travailler sur un modèle théorique d’organisation de la firme. Quel contrat proposé par les actionnaires aux dirigeants pour que ces derniers fournissent un effort maximum. C’était bien futile.
Il faisait froid dans mon appartement, et je ne souhaitais pas se lever. J'aurais voulu dormir encore des heures. Je ne prête guerre d’attention au programme d’information. Je ne fais que l’intérioriser, comme chaque matin. Les informations me reviendront en mémoire au cours de la journée, avec les conversations avec mes collègues de travail… Le Tokyo Stock Exchange… Ceci est un message des hommes libres… morts… Nous déclarons la guerre à tous les gouvernements, à tous les drapeaux et toutes les entreprises… Gandhi… L’organisation actuelle du monde n’est pas une fatalité, c’est un cancer… Des alternatives… Nous appelons tous les hommes libres de tous les continents à rejoindre partout les groupes de résistance. Où que vous soyez… Groenland au Cap Horn, par delà les religions, par delà les cultures, par delà les frontières, rejoignez ou organisez la résistance. Nous sommes déjà des milliers, demain, nous serons des millions. Aucun homme n’est notre ennemi. Nous ne tirerons jamais les premiers et nous n’attaquerons que des institutions. Mais nous jurons aujourd’hui de ne cesser le combat que quand plus aucun drapeau ne flottera sur la planète. Vive la liberté ! Vive l’humanité ! Vive la Terre ! Cet appel des hommes libres est lancé par le Colonel Fedmahn Kassad, le Colonel Aureliano Buendia et le Lieutenant Francesco Casabaldi.
Je m’étais complètement réveillé. Des parasites se produisirent dans le programme d’information. La voix qui avait lu le message ne m'était pas familière. Revient brusquement celle du speaker habituel qui poursuivait son interview politique du nouveau Ministre qu’il décrivait comme brillant, comme l’homme des situations extrêmes pour relever le pays comme les terroristes, contre les déficits, contre le chômage. Il avait relevé des défis par le passé à la tête des entreprises de l’Etat…
Je me sentais mal à l’aise. Comme si je me réveillais autrement. Pour la première fois.
- C’était quoi cette information ?
Elle rompait avait l’habituelle litanie des catastrophes entremêlées aux informations sans intérêts. Cette litanie qui m’avait conduit à se foutre un peu de tout ou à m’énerver sur le programme d’information, selon mon humeur du matin, selon ma capacité à contrôler ou lâcher mes émotions. Il faudrait que je vérifie sur l’Infosphère en arrivant au travail, la guerre déclarée par les hommes libres aux Etats. Cela me rappelait un article sur le pouvoir de l’imaginaire. Le changement du monde en vivant l’imaginaire. Sa lecture m’avait mis mal à l’aise puis je l’avais oublié. Je m’étais éteint dans mon inertie.
Le programme d’information annonçait de nouveaux les nouvelles… Notre antenne a été piratée par un groupe terroriste se faisant appeler les hommes libres. Hier dans un entretien sur la chaîne d’information américaine Fox-News, le président Bush a déclaré vouloir lutter contre cette organisation qui s’appelle "les hommes libres". Il a reproclamé son attachement à la liberté de l’Amérique et des américains derrière la constitution et souhaitée par Dieu. Il est revenu sur les liens entre cette organisation et les groupes terroristes et a averti que chaque membre de ces groupes serait pourchassé et exterminé partout sur terre jusqu’au dernier parce qu’ils menaçaient le monde libre.
Depuis déjà quelques temps, je n’étais plus satisfait du contenu du programme d’information. Je trouvais le speaker attendu, centré sur d’inutiles questions de conflits internes aux partis politiques sans importance aux yeux de mes préoccupations de changement climatique, de sauvegarde de la planète, du sens de mon travail et du sens du travail, de recherche d’harmonie… J'avais hurlé en écoutant la narration que je jugeais partisane de la déclaration de Bush. Pourtant, je ne me sentais pas bien de ma passivité prolongée, de mon inertie, de mon manque de courage à m’engager pour le changement. Il y a quelques années, je croyais que je pouvais changer l’ordre établi par mon action. Aujourd’hui je ne me posais plus la question. Je ne prenais pas le temps. Je songeais à son travail, à mon ménage, à mes courses à faire, à l’achat de mon nouveau téléphone, aux sorties du week-end. Je ne pensais plus à changer le monde. Et mes rêves passés de changement avaient été brisés par la confiscation de la parole au sein du parti dans lequel j'avais agit. Je me disais juste que le gouvernement n’était pas bien. Qu’on allait dans un mur. Mais je ne me battais plus.
"Les hommes libres qui se lèvent. Les hommes libres qui déclarent la guerre au monde d’aujourd’hui".
John Difool.